jeudi 24 novembre 2016

LE FORT DE DOUAUMONT, LIEU D'HISTOIRE, SITE DE MÉMOIRE !

 LE FORT DE DOUAUMONT, LIEU D'HISTOIRE, SITE DE MÉMOIRE 


CONTEXTE HISTORIQUE
Douaumont en 1916, un résumé de la bataille de Verdun

Douaumont, clef de voûte du réseau de fortifications de la région de Verdun et point d’observation exceptionnel, est pris par les Allemands le 25 février 1916, au tout début de leur grande offensive. L’événement a immédiatement un retentissement considérable, tant la propagande allemande s’emploie à en faire une victoire décisive. Du côté français, une gêne persiste : le fort qui en cours de désarmement depuis 1915 a été pris quasiment sans résistance par une simple avant-garde allemande. Cette information n’ayant pas été préalablement donnée au public, les dirigeants français se voient d’abord dans l’obligation d’atermoyer quant à l’étendue du succès allemand. Mais une impérieuse nécessité va par suite voir le jour : reprendre à tout prix ce fort, demeuré un « bastion » dans les esprits. Cette volonté de contrer les succès allemands, tant du point de vue militaire que psychologique, explique, bien plus que leur valeur opérationnelle, l’acharnement mis à recouvrer ces fortifications.

Après une première tentative infructueuse fin mai, Douaumont est finalement reconquis par les Français le 24 octobre 1916, réussite suivie de peu par la réoccupation du fort de Vaux (2 novembre), situé non loin, et lui aussi tombé entre les mains allemandes après des combats acharnés. A ce stade, la boucle est bouclée, la grande bataille s’achève sur un retour au statu quo de départ entre les armées ennemies, à ceci près que chacune se trouve diminuée de centaines de milliers d’hommes tués ou blessés.
ANALYSE DES IMAGES


Tableaux de l’armée française en majesté

Le tableau de Chartier nous plonge a u cœur de la mêlée, pour donner à voir les héros en action tout près des murailles du fort. Les soldats français attaquent bravement, forment bloc baïonnette au canon, cernés par un cadre de fumée en forme de losange. On se bat aussi à la grenade, tel ce blessé au centre du tableau qui, tête bandée et genou à terre, cherche dans sa besace les précieux projectiles. Le corps-à-corps est souvent de mise, à coups de crosse ou à mains nues. A l’extrême-gauche, un Français égorge même un Allemand avec un couteau. Le tableau présente ainsi un large panel des violences de guerre en 1914-1918, en s’appesantissant toutefois sur les plus marginales : le feu a atteint infiniment plus d’hommes que les poignards de tranchées. Le peintre nous montre aussi des morts, dont un Allemand au premier plan à gauche, ainsi qu’un Français roux venant juste d’être touché (coin en haut à gauche), dont le casque saute sous l’impact. La seconde lithographie est une représentation tout aussi romantique de la même attaque, mais à un autre moment, celui de la victoire finale. Les ruines du fort (le nom est écrit à côté du mort allemand) servent de socle à un porte-drapeau exalté, dont la pose triomphante, torse bombé, préfigure les statues des monuments aux morts les plus patriotiques. L’élément essentiel ici est la présence de soldats coloniaux, lesquels ont effectivement joué un rôle primordial dans ces affrontements : « en 1916, les tirailleurs algériens et sénégalais sont considérés comme des troupes de choc dont l’efficacité est éprouvée sur la somme et surtout à Verdun, dans la reprise du fort de Douaumont » (Marc. MICHEL in Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918 p. 343).
INTERPRÉTATION
Un lieu mis en mémoire

« Quel bel esprit que cet esprit de France. Oui, ce sont ses fils qui sont ici rassemblés ; car il y a des hommes des campagnes de Normandie ; des ciels ensoleillés et des orangeraies de la Côte d’Azur ; des coteaux chargés de vignes des Pyrénées ; mais certains viennent de plus loin encore ; car voici Abdallah, de la lointaine Tunis et voici Bamboula, du Sénégal » (Sœur S.M. EDWARDS, citée par Malcolm BROWN, Verdun 1916, p. 193). Ce témoignage d’une infirmière officiant dans le secteur de Douaumont à l’automne 1916 est éclairant, au-delà des lieux communs racistes de l’époque, sur le sens de la bataille de Verdun aux yeux des Français de l’époque. Du fait de la rotation continue des troupes mise en place par Pétain (la « noria ») la plupart des unités de l’armée française sont allées s’y battre. Verdun a donc constitué un moment d’accomplissement du devoir citoyen particulièrement intense, et cette raison a contribué à l’installer durablement dans la mémoire, officielle autant que familiale, de la Grande Guerre. Victoire défensive Verdun est aussi certainement le moment de la guerre le plus aisément endossable par l’Etat français, ce qui explique aussi pourquoi c’est ce nom qui a fleuri et fleurit encore dans les discours politiques et les manuels scolaires, et non celui du Chemin des Dames ou des offensives meurtrières et inutiles de 1915. Douaumont, bataille dans la bataille, est devenu après-guerre le lieu du célèbre ossuaire, lieu encore aujourd’hui emblématique de 14-18.




mercredi 23 novembre 2016

Mühlenhof Musikanten - Dat noch in hundert Johren !

Mühlenhof Musikanten - Dat noch in hundert Johren





JACQUES CATHELINEAU (1759-1793), GÉNÉRALISSIME VENDÉEN !

JACQUES CATHELINEAU (1759-1793), GÉNÉRALISSIME VENDÉEN 


CONTEXTE HISTORIQUE
L’insurrection vendéenne, déclenchée par Jacques Cathelineau en mars 1793, fut provoquée par le décret de la Convention du 24 février 1793 sur la levée de 300 000 hommes, qui intervenait dans un climat déjà alourdi par des difficultés économiques et l’hostilité des Vendéens à la Constitution civile du clergé. Fils d’un simple maçon et colporteur de son état, Jacques Cathelineau était dénommé « le saint de l’Anjou », réputation qui explique peut-être le succès immédiat de son entreprise, dont il est cependant difficile de dire s’il la préparait depuis de longs mois ou si elle fut spontanée.

Le 12 juin 1793 à Saumur, Cathelineau, personnage charismatique, est désigné par les seigneurs vendéens comme le premier généralissime de la « grande armée catholique et royale ». Après quelques victoires contre les républicains facilitées par sa connaissance du monde rural, il organise l’attaque de Nantes, afin de pouvoir disposer d’un port. Son armée sera repoussée et il mourra le 14 juillet à Saint-Florent des blessures reçues pendant ces combats. Sa disparition et les rivalités entre chefs vendéens et angevins seront à l’origine de la défaite de Cholet (17 octobre).
ANALYSE DES IMAGES
Lorsqu’il réalisa ce portrait rétrospectif, Girodet prit pour modèle non pas le général chouan, mais son fils. Cette toile à l’atmosphère sombre montre le généralissime vendéen paré de toutes les décorations des défenseurs de la foi et du roi : la croix y jouxte le pistolet. De la même façon, un crucifix (surmonte-t-il une tombe ou un monument ?) paraît en haut à gauche de la composition entre le drapeau royaliste et un sabre levé. Le tonnerre déchire le ciel. Jacques Cathelineau désigne de la main gauche la fumée des combats. Son visage au regard ardent épouse parfaitement la conception romantique de la passion sans réserve. Dans son commentaire du Salon de 1824, qui marqua la naissance du romantisme, Charles-Paul Landon, peintre proche des Bourbons, critique d’art et conservateur des peintures du Louvre, soulignait « l’énergie du pinceau, la vivacité de l’expression et ce beau fini qui distingue toutes les œuvres de Girodet ».
INTERPRÉTATION
L’intérêt historique de ce chef-d’œuvre commandé pour la salle des Gardes du château de Saint-Cloud en 1816 est double : il nous parle à la fois d’une guerre civile encore proche dans l’esprit de la génération romantique et de sa commémoration sous la Restauration. Le comte de Pradel, directeur général du ministère de la Maison du roi et instigateur de la commande, rappelait à Louis XVIII le 10 mai 1816 que le roi possédait déjà « les portraits d’un grand nombre de Généraux français qui ont combattu et versé leur sang glorieusement dans les guerres étrangères durant son Règne. […] les familles d’autres guerriers, tous morts non moins glorieusement pour la défense du Trône de France, aspirent à l’honneur de voir aussi les portraits de ceux-ci placés sous les yeux de leur Roi… ». Il faut d’ailleurs souligner que la famille de Cathelineau fut anoblie par la Restauration. Cette remise à l’honneur des combattants de la chouannerie marquait bien le retour sur le trône de la dynastie des Bourbons. Elle proposait aussi aux artistes, définitivement dépouillés de l’illustration de la légende napoléonienne, de retrouver un thème digne de leur enthousiasme passionné.





mardi 22 novembre 2016

Les exécutions des soldats noirs par les nazis en 1940 !

Les exécutions des soldats noirs par les nazis en 1940 


En 1940, de 1.500 à 3.000 soldats africains ont été tués par les nazis. Cet ouvrage collectif revient sur une histoire méconnue.
«Ils ont été massacrés par les Allemands, 43 soldats africains». Cette inscription orne un monument érigé en hommage aux soldats africains exécutés à Clamecy lors de la campagne de mai-juin 1940. Les tueries abordées ici s’inscrivent pleinement dans l’idéologie nazie puisque les soldats de la Wehrmacht ont exécuté les tirailleurs au nom de ce qu’ils étaient.
Ce sont sur ces faits tragiques que sont revenus plusieurs chercheurs au cours d’un colloque organisé par Jean Vigreux en novembre 2011. L’ouvrage repose sur plusieurs de ces interventions et sur quelques contributions inédites. Julien Fargettas et Raffael Scheck, qui ont déjà consacré une large partie de leurs travaux à cette question, expliquent le déroulement du massacre et la place des tirailleurs sénégalais dans l’histoire de l’Armée française. Johann Chapoutot et Claire Andrieu resituent ces événements dans le cadre de l’idéologie nazie, alors que Jean Vigreux revient sur la mémoire de l’exécution de Clamecy pendant la guerre. En 175 pages, les auteurs nous offrent une vision complète de ces événements par un propos précis et nuancé tout en le replaçant dans une échelle temporelle large.

Massacres de mai-juin 1940

Parmi les 1,5 million de soldats de l’armée française capturés se trouvaient 15.000 noirs africains, ainsi que 456 Antillais non reconnus comme français par les Allemands. Selon Raffael Scheck, 1.500 à 3.000 soldats africains ont été assassinés; cette imprécision témoigne des lacunes constantes des sources sur les tirailleurs sénégalais car de nombreuses unités noires n’ont pas laissé d’archives.
Les exécutions eurent lieu lors de la deuxième partie de l’offensive durant le mois de juin en Picardie, au nord de Lyon ou encore en Bourgogne. La plupart de ces actes barbares prirent la même forme: les prisonniers noirs étaient séparés des Blancs avant d’être fusillés à l’écart.
Le procédé pourrait laisser penser à un massacre systématique et organisé. Or, sur ces deux points, Raffael Scheck et Julien Fargettas répondent par la négative. En effet, les tirailleurs sénégalais prisonniers étaient 15.000, la grande majorité n’a donc pas été exécutée. Par ailleurs, aucun ordre émanant d’un officier de haut rang n’a commandité les massacres.
Pour Hitler, les noirs sont des «animaux inoffensifs», dont les Allemands pouvaient tirer profit sur le plan économique
En revanche, les combats dans la Somme et la région de Bar-le-Duc se sont souvent terminés au corps-à-corps, ce qui a pu accentuer une rage extrême. Raffael Scheck relève même certains ordres intimant de ne pas maltraiter les soldats noirs. Si ces actes cruels ne peuvent être comparés aux crimes commis contre les Juifs en Europe de l’Est, ils révèlent cependant une armée marquée par le racisme européen et l’idéologie nazie.

Animosité des Allemands pour les troupes noires

Le mépris et la rancœur des Allemands envers les soldats noirs dépassaient la seule idéologie nazie. Johann Chapoutot recherche l’ensemble des facteurs à l’origine de ces sentiments. En tant que racisme, le nazisme récupéra de nombreux éléments de l’idéologie raciale européenne construite au XIXe siècle.
À cela s’ajoute l’utilisation de troupes noires sur le continent européen au cours de la Grande Guerre et surtout  la stigmatisation de la «honte noire» quand les coloniaux ont participé à l’occupation de la rive droite du Rhin entre 1919 et 1923. Les Allemands l’ont vécue comme un traumatisme. L'occupation s'était en effet accompagnée de quelques viols, mais en réalité ceux commis par les troupes coloniales n’étaient pas plus nombreux que ceux des troupes métropolitaines. Les «bâtards rhénans», enfants nés de ces viols ou de liaisons mixtes, furent victimes d’une intense campagne de propagande dès 1933. Dans l’idéologie nazie, le métis incarnant une violation des droits de la nature, il est donc nécessaire de l’éradiquer et, à ce titre, 600 à 700 métis furent stérilisés en 1937.
Si les idéologues nazis affirment la nécessité d'éliminer le métis, il en va autrement pour les Noirs. Pour Hitler, ce sont des «animaux inoffensifs» dont les Allemands pouvaient tirer profit sur le plan économique, comme pour les Slaves. En revanche, les unions mixtes étaient catégoriquement proscrites. Cette proximité entre l’homme noir et le monde animal fut réaffirmée après les Jeux olympiques de 1936 et les performances de Jesse Owens. Hitler avait ainsi affirmé à Albert Speer qu’il y voyait une concurrence déloyale, car ces hommes «issus de la jungle» étaient favorisés et devaient ainsi être exclus des prochains jeux. L’attitude des nazis envers les hommes noirs s’inscrit ici dans l’idéologie raciste du XIXe siècle encore bien présente au sein des empires.
Pour Johann Chapoutot, les massacres de 1940 sont «l’expression d’un mépris raciste rendu virulent par la fatigue et l’angoisse des combats ainsi que du ressentiment, à la fois outré et haineux provoqué par l’occupation de la Ruhr en 1923».

Commémorations à des fins idéologiques

Jean Vigreux revient sur le traitement immédiat de l’événement dans la commune de Clamecy, où le 11 novembre 1943, 5.000 habitants rendirent hommage aux coloniaux abattus. Quarante-trois soldats y avaient été exécutés le 18 juin 1940 avant d’être enterrés sur demande du maire dans la fosse commune.
L’historien montre de façon convaincante comment les réseaux résistants ont activement préparé la commémoration de l’armistice de la Grande Guerre. Le jour même, la fosse fut symboliquement recouverte des drapeaux français, britannique, américain et de la croix de Lorraine. Cette manifestation, loin d’être isolée, établissait une continuité entre la Troisième République et le Conseil national de la Résistance (CNR), puis magnifiait la grandeur de la France et de son Empire.
Deux témoins et trois suspects ont été trouvés, mais en 2012, l'enquête fut clôturée suite au décès de ces trois derniers!
Ce point aurait d’ailleurs mérité d’être approfondi, et il aurait été judicieux de se demander comment ces tirailleurs ont été récupérés à des fins différentes. Tous les travaux sur ces hommes, quelle que soit la période, révèlent une récupération constante pour légitimer le colonialisme, montrer ses bienfaits ou dénigrer l’ennemi. Certes, cela aurait probablement nécessité une communication entièrement consacrée à ce thème.

Reconstitution historique tardive

Raffael Scheck explique que ces massacres connus dès 1945 n’ont pas fait l’objet d’enquêtes approfondies avant 2006. Avant cette date, toutes les procédures entamées furent rapidement abandonnées. À la fois crimes de guerre et crimes nazis, ils ne souffrent d’aucun délai de prescription. L’enquête de 2006 fut menée par le bureau allemand dédié à la poursuite des crimes nazis. L’historien est ici d’une grande précision puisqu’il a lui-même fourni des documents à ce bureau. Deux témoins et trois suspects ont été trouvés mais, en 2012, l’enquête fut clôturée suite au décès de ces trois derniers. On parle ici de «crimes nazis» car ils étaient motivés par un racisme meurtrier.
Pour Raffael Scheck, ces actes constituèrent une étape dans la barbarisation de l’armée allemande qui atteignit son paroxysme avec l’opération Barbarossa mais –et il rejoint ici l’ensemble des auteurs de l’ouvrage– leur motivation ne fut pas génocidaire.
 
À l’heure de l’histoire sensationnelle et où chacun cherche son massacre, voire son génocide, l’ensemble des participants nous offre un véritable travail d’historien qui repose sur des faits, des sources et leur interprétation. Ils permettent ainsi une meilleure compréhension des tirailleurs sénégalais trop longtemps caricaturés de part et d’autre. Le lecteur y trouvera aussi un texte de Raffael Scheck sur le sort bien différent des victimes de juin 1940 et des prisonniers coloniaux après 1940.
Le manque ou l’absence de sources limite encore notre appréhension du rôle des tirailleurs sénégalais au sein de la Résistance et surtout de la France libre comme l’a montré Jean-François Muracciole. Des travaux comme celui proposé ici font progresser notre connaissance sur des événements précis et inscrivent l’histoire des tirailleurs sénégalais dans une perspective plus scientifique qu’émotionnelle.


Le mystère du transport des pierres de Stonehenge enfin résolu ?

 Le mystère du transport des pierres de  Stonehenge enfin résolu ? 


Des chercheurs pensent avoir découvert la façon dont les pierres ont été transportées par les hommes préhistoriques il y a plus de 4.000 ans.
L’un des plus grands défis techniques de l’âge de pierre livre certainement ses derniers secrets. À l’University College de Londres, on croit savoir comment nos ancêtres, il y a environ 4.000 ans, ont transporté les énormes pierres de Stonehenge, monument ;préhistorique dans le sud de l’Angleterre parmi les plus célèbres au monde.
The Telegraph revient sur les travaux d’une équipe de chercheurs qui a tenté d’identifier la méthode utilisée par les hommes du Néolithique pour maîtriser les colossales pierres «bleues». Ces blocs de 2 tonnes, dont le surnom vient de leur couleur gris bleuté, possèdent la particularité de venir des carrières des monts Preseli au pays de Galles... à plus de 200 kilomètres de Stonehenge.

Rondins de bois

«On pensait avoir besoin d’au moins quinze personnes pour bouger la pierre mais nous avons pu le faire avec dix, ce qui est très intéressant», note Barney Harris, doctorant qui a dirigé une expérience au Square Gordon de Londres. Pour faire avancer le monolithe d’une tonne, les étudiants de l’Université College l’ont solidement attaché à un traîneau de bois en forme de planche. Ficelée de cette façon, la pierre est ensuite couchée sur des rondins de bois puis tirée à l’aide de cordes. L’effet des rondins réduit considérablement l’effort nécessaire pour faire avancer le bloc.
Lors de l’essai, la pierre empruntée à un institut d’archéologie parcourait plus de trois mètres en l’espace de cinq secondes. «Il est vrai que nous avons fait l’expérience sur un terrain plat, et il y avait des pentes raides dans les monts Preseli mais ce genre de système fonctionne bien sur un terrain accidenté», détaille Barney Harris. Comme pour les pyramides à la même période, l’homme a su répondre avec créativité et ingéniosité aux contraintes techniques afin de, très tôt, graver sa présence dans le marbre.




Voilà comment on allait aux toilettes au temps de l’islam médiéval !

Voilà comment on allait aux toilettes au temps de l’islam médiéval 


Ce que les toilettes et la façon dont on s’en sert nous apprennent sur les sociétés médiévales.
Ce numéro de la revue Médiévales part d’un premier constat: alors que les toilettes, latrines et autres lieux d’aisance sont de mieux en mieux connus dans le monde occidental, c’est beaucoup moins le cas en terre d’islam, où les fouilles se concentrent peu sur cet aspect de la vie matérielle, un aspect certes peu glorieux, mais pourtant crucial.
Le petit coin s’ouvre en effet sur des questionnements plus larges. L’intime, le sacré, le pur et l’impur, ainsi que les choix d’organisation domestique (dans la maison? dans le jardin? dans la rue?), sociale (des toilettes mixtes? ouvertes à tous?) et enfin pratiques (comment évacuer les déchets? comment amener l’eau?): tous ces domaines passent par une pause toilette. C’est pour combler ce manque que s’était tenu en mars 2014 le colloque dont est issu cet ouvrage, colloque que sont venus compléter des articles portant sur le Proche-Orient islamique.
Comme le rappelle Yassir Benhima dans l’article liminaire, la question de la pureté et de l’impureté occupe une place importante en contexte islamique. Si les ablutions qui précèdent la prière sont obligatoires, les autres formes de purification ne relèvent que de la coutume, la sunna. Or celle-ci prescrit l’élimination systématique de tout résidu, soit par istiğmār, c’est-à-dire en employant des pierres ou d’autres objets durs (ce qui est logique dans un espace désertique, où d’ailleurs les termes désignant les espaces de défécation ne renvoient pas à des constructions), soit par istinğā’, par l’eau: une pratique qui dut l’emporter dès le début du VIIIe siècle et qui explique le rôle important joué par les latrines, qui sont souvent construites près ou dans les mosquées.
Néanmoins, c’est l’archéologie qui se taille la part du lion dans l’ouvrage pour comprendre comment étaient organisés les lieux d’aisance. Les toilettes étaient-elles communes –selon le modèle des latrines romaines– ou privées –comme on a longtemps écrit qu’elles l’étaient devenues à la fin de l’Antiquité? À Jerash, dans l’actuelle Jordanie, Louis Blanke souligne l’existence de toilettes publiques attenantes à des bains, mais où l’entrée pouvait également se faire par la rue, sans payer de droit d’entrée, prouvant ainsi que les toilettes publiques n’avaient pas disparues du Proche-Orient pendant l’Antiquité tardive et les premiers siècles de la période islamique. Les auteurs s’attachent à ne pas généraliser, soulignant au contraire les différences régionales: dans les latrines attenantes à la mosquée de Tyr, Marie-Odile Rousset lie ainsi la présence de compartiments individuels aux spécificités du rite chiite.

Installation avant tout urbaine

Les lieux d’aisance semblent fréquemment avoir été séparés des lieux de vie commun, que ce soit dans les maisons urbaines d’Al-Andalus, où les latrines se situaient souvent dans le vestibule, à proximité de la rue, ou bien dans les châteaux forts, où les latrines sont souvent installées dans des renfoncements, des couloirs en angle ou des tours-latrines; mais il faut aussi que ces installations restent facilement accessibles aux soldats, d’où leur nombre assez important. L’installation de lieux d’aisance est également fortement conditionnée par les nécessités de l’évacuation, surtout dans les espaces urbains ou palatiaux à forte densité. Les méthodes utilisées sont nombreuses –égouts, fosses, ramassage...– et posent souvent de grandes difficultés techniques, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en eau ou l’entretien d’un réseau d’égout.
Installation avant tout urbaine, les latrines peuvent enfin suivre les citadins qui s’implantent hors des villes, comme c’est le cas des habitants d’Igiliz, site montagnard du sud du Maroc lié aux débuts des Almohades. Plusieurs types de latrines y ont été découverts, dont deux présentent une structure en plate-forme, typique des latrines urbaines. Car en milieu rural, d’autres modes de gestion des déchets prévalent: dans un contexte de pauvreté des sols, comme à Tozeur dans le sud de la Tunisie, le fumier se vend et les latrines s’aménagent dans les jardins pour pouvoir fertiliser la terre à bon compte.
À la variété des installations possibles répond une variété des aménagements intérieurs des latrines, qui épousent souvent des différences sociales: les latrines royales de Palerme sont plus richement décorées, celles des califes de Cordoue ont, technique rarissime, l’eau courante...
Les latrines des châteaux croisés: une banquette de pierre percée permettait d’y déféquer assis; celles des châteaux musulmans: deux simples blocs parallèles permettaient de privilégier la position accroupie
La disposition intérieure des latrines, lorsqu’elle est bien conservée, permet également d’émettre des hypothèses sur les gestes qui y étaient associés. Ainsi la vasque des latrines royales de Madinat al-Zahra, située à droite des latrines, suppose que les ablutions –dont un hadith recommande qu’elles se fassent de la main gauche– étaient faites de manière perpendiculaire, en effectuant un quart de tour vers la droite. Plus suggestive encore est la différence entre les latrines des châteaux croisés –une banquette de pierre percée permettait d’y déféquer assis, position généralement préférée dans le monde latin– et celles des châteaux musulmans –deux simples blocs parallèles permettaient de privilégier la position accroupie.

Éviter les mauvaises odeurs

Ce panorama des latrines est encadré par deux études connexes: Laurence Moulinier-Brogi revient sur l’usage médical de l’urine. Car l’urologie, autrement dit l’observation de l’urine pour en déduire les maux des patients, est très pratiquée en terre d’islam: les traductions des médecins arabes, notamment Avicenne, apportent ensuite cette pratique dans le monde latin. Plusieurs archéobotanistes soulignent enfin que le contenu des latrines peut en dire long sur l’alimentation ou les maladies des contemporains.
Dans cet ouvrage, la précision des exemples l’emporte souvent sur la vue générale. On peut regretter d’ailleurs l’absence assez fréquente de mise en contexte: les articles s’adressent très clairement à des spécialistes, à l’aise à la fois avec le vocabulaire archéologique et avec les dynasties du monde musulman médiéval. Certaines absences sont un peu plus regrettables, comme la question de l’éventuelle mixité de ces lieux, qui n’est évoquée qu’en quelques lignes dans un article, ou celle de l’accès à ces lieux des minorités religieuses: les latrines étant souvent associées aux mosquées, à quoi recouraient juifs et chrétiens? Dans son récent ouvrage sur les hammams andalous, Caroline Fournier montre tout le profit qu’on peut tirer de ces questions. Certes, les auteurs insistent sur la grande pauvreté des sources écrites: à part les juristes, on ne parle guère des toilettes...
Mais peut-être qu’une approche ethno-archéologique aurait permis d’apporter quelques informations sur les pratiques sociales qui s’articulent autour de ces lieux d’aisance. L’étude des latrines aurait pu être l’occasion enfin de souligner, dans une perspective d’anthropologie historique, que les notions même d’intimité –on trouve parfois des traces de systèmes de fermeture, mais pas toujours–, d’hygiène ou de propreté étaient des constructions historiques qui n’avaient pas toujours été pensées de la même manière. Pour ne prendre qu’un exemple, la plupart des auteurs soulignent que les latrines sont souvent installées dans des endroits reculés, afin d’éviter les mauvaises odeurs: mais, comme le souligne C. Yovitchitch sans davantage creuser cette intuition, même la perception des mauvaises odeurs a dû changer selon les époques... Étudier les latrines permettrait donc, en nouant plus étroitement recherches archéologiques et questionnements historiques, de plonger au cœur d’une histoire des corps, en s’intéressant aux sensations et aux gestes.
Ce numéro propose donc des articles d’une grande richesse, sur un sujet encore trop peu étudié. Le lecteur restera probablement sur sa faim –malgré le sujet peu ragoûtant, ce qui est un exploit en soi... Mais cela ne fait que souligner les très nombreuses possibilités ouvertes par cet objet d’étude.


Création d'un ghetto juif en Pologne, en 1940 !

Ces photos témoignent de la création d'un ghetto juif en Pologne, en 1940



L'historienne Julia Werner a découvert un ensemble de photos qui constitue un rare témoignage visuel de l'évacuation forcée des Juifs vers un ghetto.
L'historienne Julia Werner a découvert au Musée juif de Rendsburg (Allemagne) cet ensemble de photos qui constitue un des seuls témoignages visuels dont nous disposons de la construction d'un ghetto. Prises le 16 juin 1940 par le soldat allemand Wilhelm Hansen, ces 83 images (dont vous pouvez voir une sélection ci-dessous) décrivent le déménagement forcé de la population juive de Kutno (Pologne) de ses maisons vers une usine de sucre abandonnée, où elle s'est vu ordonner de s'installer.
«Aucune autre source ne nous permet de parler de la ghettoïsation avec autant de détails: les carrioles à cheval, les gens en train d'attendre, les masses d'objets, possessions, meubles que, dans ce cas particulier, ils ont été capables d'amener dans le ghetto», écrit Werner dans un long résumé du contexte des photographies, publié sur le site de la Shoah Foundation Institute for Visual History and Education (University of Southern California). Les photos montrent aussi «la situation désespérée, à la fin de la journée, dans les bâtiments de l'usine de sucre, où environ 7.000 personnes ont été en gros abandonnées avec leurs bagages».
Quand Hansen a pris ces photos, il était un soldat de la Wehrmacht; un an après, il a candidaté, avec succès, pour devenir membre du parti nazi. Photographe amateur de longue date, il a apparemment pris les photos pour son usage personnel davantage que pour un usage officiel. «En gros, Hansen a passé toute la journée à documenter ce déménagement forcé», écrit Werner. «De ces photos, nous pouvons déduire qu'il s'est déplacé librement et n'a pas essayé de cacher son appareil.»
Werner écrit qu'il existe un vide majeur dans les archives photographiques des nombreux déplacements forcés de Juifs durant l'occupation allemande: on n'a quasiment pas d'images prises par des Juifs polonais. «L'accès aux appareils photo était très inégalitaire», écrit Warner. «Les Juifs n'étaient pas autorisés à posséder un appareil, et chez les Polonais non-Juifs, son usage était strictement limité à la sphère privée. Les occupants allemands, non seulement ont exproprié de leur entreprise les Polonais propriétaires de leur laboratoire photo et ont interdit les photographes professionels de travailler, mais ils ont aussi confisqué les appareils photo.»
Le Shoah Foundation Institute a enregistré des témoignages oraux de survivants qui ont vécu dans le ghetto de Kutno, qui peuvent nous aider à comprendre comment les Juifs ont pu voir ce camp à ciel ouvert. Dans un de ces entretiens, Barbara Stimler se souvient de l'esprit de coopération qui existait parmi les habitants du camp, qu'elle qualifie de «pire endroit où elle a jamais vécu»«Nous sommes arrivés sans rien, mais il y avait un comité de répartition, et ils nous ont donné un lit.» Dans un autre entretien, Gordon Klasky, un barbier qui fini par réinstaller son commerce dans l'enceinte de l'usine de sucre, décrit les conditions de vie: «Nous avions collé les lits les uns aux autres... Il n'y avait pas de place où marcher, juste où s'allonger sur les lits... Beaucoup de gens avaient installé leur petit chez-soi, vous savez, comme le font les Indiens... comme des tentes, mais construites en bois, avec des couvertures sur le dessus... Quand il pleuvait, nous étions en train de nager.»
Quand on lui demande comment la Gestapo contrôlait les faits et gestes des gens vivant à l'intérieur du camp, Klasky répond: «J'ai vu un frère juif être abattu, de mes propres yeux. Il s'est approché trop près des barbelés, et le garde l'a tout simplement abattu. Je ne l'oublierai jamais.»





Jüdisches Museum Rendsburg in der Stiftung Schleswig-Holsteinische Landesmuseen Schloss Gottorf



Les Misérables Par Victor Hugo, Dominique Lanni, Bertrand Louët (extrait)

Livres Extrait de livre Jean Valjean, ancien bagnard condamné pour avoir volé du pain, tente de se racheter en se tournant vers le Bien....