mardi 22 novembre 2016

Voilà comment on allait aux toilettes au temps de l’islam médiéval !

Voilà comment on allait aux toilettes au temps de l’islam médiéval 


Ce que les toilettes et la façon dont on s’en sert nous apprennent sur les sociétés médiévales.
Ce numéro de la revue Médiévales part d’un premier constat: alors que les toilettes, latrines et autres lieux d’aisance sont de mieux en mieux connus dans le monde occidental, c’est beaucoup moins le cas en terre d’islam, où les fouilles se concentrent peu sur cet aspect de la vie matérielle, un aspect certes peu glorieux, mais pourtant crucial.
Le petit coin s’ouvre en effet sur des questionnements plus larges. L’intime, le sacré, le pur et l’impur, ainsi que les choix d’organisation domestique (dans la maison? dans le jardin? dans la rue?), sociale (des toilettes mixtes? ouvertes à tous?) et enfin pratiques (comment évacuer les déchets? comment amener l’eau?): tous ces domaines passent par une pause toilette. C’est pour combler ce manque que s’était tenu en mars 2014 le colloque dont est issu cet ouvrage, colloque que sont venus compléter des articles portant sur le Proche-Orient islamique.
Comme le rappelle Yassir Benhima dans l’article liminaire, la question de la pureté et de l’impureté occupe une place importante en contexte islamique. Si les ablutions qui précèdent la prière sont obligatoires, les autres formes de purification ne relèvent que de la coutume, la sunna. Or celle-ci prescrit l’élimination systématique de tout résidu, soit par istiğmār, c’est-à-dire en employant des pierres ou d’autres objets durs (ce qui est logique dans un espace désertique, où d’ailleurs les termes désignant les espaces de défécation ne renvoient pas à des constructions), soit par istinğā’, par l’eau: une pratique qui dut l’emporter dès le début du VIIIe siècle et qui explique le rôle important joué par les latrines, qui sont souvent construites près ou dans les mosquées.
Néanmoins, c’est l’archéologie qui se taille la part du lion dans l’ouvrage pour comprendre comment étaient organisés les lieux d’aisance. Les toilettes étaient-elles communes –selon le modèle des latrines romaines– ou privées –comme on a longtemps écrit qu’elles l’étaient devenues à la fin de l’Antiquité? À Jerash, dans l’actuelle Jordanie, Louis Blanke souligne l’existence de toilettes publiques attenantes à des bains, mais où l’entrée pouvait également se faire par la rue, sans payer de droit d’entrée, prouvant ainsi que les toilettes publiques n’avaient pas disparues du Proche-Orient pendant l’Antiquité tardive et les premiers siècles de la période islamique. Les auteurs s’attachent à ne pas généraliser, soulignant au contraire les différences régionales: dans les latrines attenantes à la mosquée de Tyr, Marie-Odile Rousset lie ainsi la présence de compartiments individuels aux spécificités du rite chiite.

Installation avant tout urbaine

Les lieux d’aisance semblent fréquemment avoir été séparés des lieux de vie commun, que ce soit dans les maisons urbaines d’Al-Andalus, où les latrines se situaient souvent dans le vestibule, à proximité de la rue, ou bien dans les châteaux forts, où les latrines sont souvent installées dans des renfoncements, des couloirs en angle ou des tours-latrines; mais il faut aussi que ces installations restent facilement accessibles aux soldats, d’où leur nombre assez important. L’installation de lieux d’aisance est également fortement conditionnée par les nécessités de l’évacuation, surtout dans les espaces urbains ou palatiaux à forte densité. Les méthodes utilisées sont nombreuses –égouts, fosses, ramassage...– et posent souvent de grandes difficultés techniques, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en eau ou l’entretien d’un réseau d’égout.
Installation avant tout urbaine, les latrines peuvent enfin suivre les citadins qui s’implantent hors des villes, comme c’est le cas des habitants d’Igiliz, site montagnard du sud du Maroc lié aux débuts des Almohades. Plusieurs types de latrines y ont été découverts, dont deux présentent une structure en plate-forme, typique des latrines urbaines. Car en milieu rural, d’autres modes de gestion des déchets prévalent: dans un contexte de pauvreté des sols, comme à Tozeur dans le sud de la Tunisie, le fumier se vend et les latrines s’aménagent dans les jardins pour pouvoir fertiliser la terre à bon compte.
À la variété des installations possibles répond une variété des aménagements intérieurs des latrines, qui épousent souvent des différences sociales: les latrines royales de Palerme sont plus richement décorées, celles des califes de Cordoue ont, technique rarissime, l’eau courante...
Les latrines des châteaux croisés: une banquette de pierre percée permettait d’y déféquer assis; celles des châteaux musulmans: deux simples blocs parallèles permettaient de privilégier la position accroupie
La disposition intérieure des latrines, lorsqu’elle est bien conservée, permet également d’émettre des hypothèses sur les gestes qui y étaient associés. Ainsi la vasque des latrines royales de Madinat al-Zahra, située à droite des latrines, suppose que les ablutions –dont un hadith recommande qu’elles se fassent de la main gauche– étaient faites de manière perpendiculaire, en effectuant un quart de tour vers la droite. Plus suggestive encore est la différence entre les latrines des châteaux croisés –une banquette de pierre percée permettait d’y déféquer assis, position généralement préférée dans le monde latin– et celles des châteaux musulmans –deux simples blocs parallèles permettaient de privilégier la position accroupie.

Éviter les mauvaises odeurs

Ce panorama des latrines est encadré par deux études connexes: Laurence Moulinier-Brogi revient sur l’usage médical de l’urine. Car l’urologie, autrement dit l’observation de l’urine pour en déduire les maux des patients, est très pratiquée en terre d’islam: les traductions des médecins arabes, notamment Avicenne, apportent ensuite cette pratique dans le monde latin. Plusieurs archéobotanistes soulignent enfin que le contenu des latrines peut en dire long sur l’alimentation ou les maladies des contemporains.
Dans cet ouvrage, la précision des exemples l’emporte souvent sur la vue générale. On peut regretter d’ailleurs l’absence assez fréquente de mise en contexte: les articles s’adressent très clairement à des spécialistes, à l’aise à la fois avec le vocabulaire archéologique et avec les dynasties du monde musulman médiéval. Certaines absences sont un peu plus regrettables, comme la question de l’éventuelle mixité de ces lieux, qui n’est évoquée qu’en quelques lignes dans un article, ou celle de l’accès à ces lieux des minorités religieuses: les latrines étant souvent associées aux mosquées, à quoi recouraient juifs et chrétiens? Dans son récent ouvrage sur les hammams andalous, Caroline Fournier montre tout le profit qu’on peut tirer de ces questions. Certes, les auteurs insistent sur la grande pauvreté des sources écrites: à part les juristes, on ne parle guère des toilettes...
Mais peut-être qu’une approche ethno-archéologique aurait permis d’apporter quelques informations sur les pratiques sociales qui s’articulent autour de ces lieux d’aisance. L’étude des latrines aurait pu être l’occasion enfin de souligner, dans une perspective d’anthropologie historique, que les notions même d’intimité –on trouve parfois des traces de systèmes de fermeture, mais pas toujours–, d’hygiène ou de propreté étaient des constructions historiques qui n’avaient pas toujours été pensées de la même manière. Pour ne prendre qu’un exemple, la plupart des auteurs soulignent que les latrines sont souvent installées dans des endroits reculés, afin d’éviter les mauvaises odeurs: mais, comme le souligne C. Yovitchitch sans davantage creuser cette intuition, même la perception des mauvaises odeurs a dû changer selon les époques... Étudier les latrines permettrait donc, en nouant plus étroitement recherches archéologiques et questionnements historiques, de plonger au cœur d’une histoire des corps, en s’intéressant aux sensations et aux gestes.
Ce numéro propose donc des articles d’une grande richesse, sur un sujet encore trop peu étudié. Le lecteur restera probablement sur sa faim –malgré le sujet peu ragoûtant, ce qui est un exploit en soi... Mais cela ne fait que souligner les très nombreuses possibilités ouvertes par cet objet d’étude.


Création d'un ghetto juif en Pologne, en 1940 !

Ces photos témoignent de la création d'un ghetto juif en Pologne, en 1940



L'historienne Julia Werner a découvert un ensemble de photos qui constitue un rare témoignage visuel de l'évacuation forcée des Juifs vers un ghetto.
L'historienne Julia Werner a découvert au Musée juif de Rendsburg (Allemagne) cet ensemble de photos qui constitue un des seuls témoignages visuels dont nous disposons de la construction d'un ghetto. Prises le 16 juin 1940 par le soldat allemand Wilhelm Hansen, ces 83 images (dont vous pouvez voir une sélection ci-dessous) décrivent le déménagement forcé de la population juive de Kutno (Pologne) de ses maisons vers une usine de sucre abandonnée, où elle s'est vu ordonner de s'installer.
«Aucune autre source ne nous permet de parler de la ghettoïsation avec autant de détails: les carrioles à cheval, les gens en train d'attendre, les masses d'objets, possessions, meubles que, dans ce cas particulier, ils ont été capables d'amener dans le ghetto», écrit Werner dans un long résumé du contexte des photographies, publié sur le site de la Shoah Foundation Institute for Visual History and Education (University of Southern California). Les photos montrent aussi «la situation désespérée, à la fin de la journée, dans les bâtiments de l'usine de sucre, où environ 7.000 personnes ont été en gros abandonnées avec leurs bagages».
Quand Hansen a pris ces photos, il était un soldat de la Wehrmacht; un an après, il a candidaté, avec succès, pour devenir membre du parti nazi. Photographe amateur de longue date, il a apparemment pris les photos pour son usage personnel davantage que pour un usage officiel. «En gros, Hansen a passé toute la journée à documenter ce déménagement forcé», écrit Werner. «De ces photos, nous pouvons déduire qu'il s'est déplacé librement et n'a pas essayé de cacher son appareil.»
Werner écrit qu'il existe un vide majeur dans les archives photographiques des nombreux déplacements forcés de Juifs durant l'occupation allemande: on n'a quasiment pas d'images prises par des Juifs polonais. «L'accès aux appareils photo était très inégalitaire», écrit Warner. «Les Juifs n'étaient pas autorisés à posséder un appareil, et chez les Polonais non-Juifs, son usage était strictement limité à la sphère privée. Les occupants allemands, non seulement ont exproprié de leur entreprise les Polonais propriétaires de leur laboratoire photo et ont interdit les photographes professionels de travailler, mais ils ont aussi confisqué les appareils photo.»
Le Shoah Foundation Institute a enregistré des témoignages oraux de survivants qui ont vécu dans le ghetto de Kutno, qui peuvent nous aider à comprendre comment les Juifs ont pu voir ce camp à ciel ouvert. Dans un de ces entretiens, Barbara Stimler se souvient de l'esprit de coopération qui existait parmi les habitants du camp, qu'elle qualifie de «pire endroit où elle a jamais vécu»«Nous sommes arrivés sans rien, mais il y avait un comité de répartition, et ils nous ont donné un lit.» Dans un autre entretien, Gordon Klasky, un barbier qui fini par réinstaller son commerce dans l'enceinte de l'usine de sucre, décrit les conditions de vie: «Nous avions collé les lits les uns aux autres... Il n'y avait pas de place où marcher, juste où s'allonger sur les lits... Beaucoup de gens avaient installé leur petit chez-soi, vous savez, comme le font les Indiens... comme des tentes, mais construites en bois, avec des couvertures sur le dessus... Quand il pleuvait, nous étions en train de nager.»
Quand on lui demande comment la Gestapo contrôlait les faits et gestes des gens vivant à l'intérieur du camp, Klasky répond: «J'ai vu un frère juif être abattu, de mes propres yeux. Il s'est approché trop près des barbelés, et le garde l'a tout simplement abattu. Je ne l'oublierai jamais.»





Jüdisches Museum Rendsburg in der Stiftung Schleswig-Holsteinische Landesmuseen Schloss Gottorf



L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique


Les Européens ne se sont pas contentés de déplacer les Amérindiens, ils les ont réduits en esclavage, et ont incité des tribus à participer à ce commerce d'êtres humains. Un phénomène d'une ampleur et d'une complexité que les historiens commencent tout juste à appréhender.
Voici trois histoires d'esclavage en Amérique du Nord. En 1637, dans le Connecticut, un groupe de Pequots, hommes et adolescents, se soulèvent contre les colons anglais –l'insurrection est matée dans le sang, les hommes vendus dans des plantations des Caraïbes en échange d'esclaves africains, ce qui permet aux colons de se débarrasser d'éléments perturbateurs en leur sein. (On presse les femmes de la tribu à devenir servantes dans les foyers blancs de la Nouvelle-Angleterre, qui manquent cruellement de domestiques). En 1741, une caravane de Sioux longue de 250 mètres, récemment asservis, et propriété d'un groupe de guerriers CrisAssiniboines et Monsonis, arrive à Montréal –ils seront vendus aux colons français, affamés de serviteurs et d'ouvriers agricoles. En 1837, le Cherokee Joseph Vann, exilé de sa Géorgie natale après l'Indian Removal, se rend en Territoires indiens accompagné d'au moins 48 esclaves noirs. Dans les années 1840, on raconte que Vann possédait des centaines d'esclaves, des chevaux de course, et un bateau à vapeur.
Une vision réductrice du passé américain se focalise d'ordinaire sur deux péchés historiques et multi-centenaires: l'esclavage et la spoliation des Africains d'un côté, et la déportation des autochtones américains de l'autre. Depuis quelques années, une nouvelle vague de spécialistes de l'esclavage en Amérique concentre son analyse sur la manière dont ces deux abominations ont pu se recouper. Les histoires qu'ils ont découvertes éclairent l'esclavage africain –un récit toujours dominant dans la mémoire nationale américaine– d'une lumière nouvelle et révèlent combien les graines de ce système ont été plantées, au départ, pour exploiter le travail des Amérindiens. En outre, des données historiques sur l'esclavage des autochtones montrent comment le désir blanc d'asservir des travailleurs allait intensifier le chaos du contact, en bouleversant les dynamiques politiques intertribales et en créant des foyers d'incertitude et d'instabilité chez des populations qui avaient d'ores et déjà énormément de mal à s'adapter à un équilibre des pouvoirs radicalement nouveau.
Avant d'appréhender l'esclavage des Amérindiens à un niveau local (sans doute le seul point de vue pertinent face à une histoire aussi variée et fragmentée), il convient de se faire une idée de l'ampleur du phénomène. A quelle fréquence les populations autochtones étaient-elles réduites en esclavage par les Euro-Américains ? Difficile de donner des chiffres, car dans la plupart des cas, lors de la période coloniale, l'esclavage des Amérindiens s'est fait de manière illégale, opportuniste, et sans trace matérielle.
Mais certains historiens tentent quand même le coup. Voici quelques estimations: des milliers d'Amérindiens ont été réduits en esclavage en Nouvelle-Angleterre coloniale, selon Margaret Ellen Newell. Alan Gallay écrit qu'entre 1670 et 1715, le nombre d'esclaves amérindiens exportés via Charles Town (aujourd'hui Charleston, en Caroline du Sud) dépasse celui des esclaves africains qui y sont importés. Brett Rushforth a essayé d'établir le bilan total de l'esclavage des populations amérindiennes, et il estime qu'entre 2 et 4 millions d'autochtones ont été réduits en esclavage en Amérique du Nord et du Sud pendant toute la période où la pratique avait cours –soit un chiffre bien plus élevé que ce qu'on pouvait escompter précédemment. «Cela n'atteint pas le niveau de la traite négrière»qui verra 10 millions d'individus déportés sur le continent américain, mais reste que l'histoire primitive des colonies européennes en Amérique est marquée par l'asservissement des autochtones. «Même en poussant jusqu'aux années 1680 ou 1690, le nombre d'Indiens esclavagisés dépasse alors celui des Africains».




L’incroyable histoire du soldat américain !

L’incroyable histoire du soldat américain qui a sauvé 75 personnes sans toucher à une arme en 1945


Le réalisateur Mel Gibson vient d’adapter au cinéma cette histoire incroyable survenue lors de l’une des batailles les plus sanglantes de la guerre dans le Pacifique.
Il y a quelques jours, le controversé Mel Gibson faisait un retour triomphant derrière la caméra avec la sortie de Tu ne tueras point aux Etats-Unis. Prévu le 9 novembre en France, le film raconte l’histoire d'un soldat qui avait fait le vœu de ne tuer personne quand il a rejoint l’armée lors de la Seconde Guerre mondiale. 

Au-delà de la réalisation spectaculaire, la fascination exercée par le film réside dans l’histoire du soldat qui l’a inspiré. Sur son site, NPR explique que Desmond Doss, un garçon calme et plutôt maigre de Virginie, s’est engagé dans l’armée au début des années 1940 en promettant de ne tuer personne. Une promesse qui le pousse à refuser de porter une arme. Un soldat indigne de son pays aux yeux de ses supérieurs et ses camarades donc, qui feront tout pour l’humilier, des petites blagues au harcèlement abusif, le but étant de le faire transférer ou de le pousser à accepter de porter une arme. 
Mais comme le précise NPR, «une loi de 1940 autorise les objecteurs de conscience à servir l’effort de guerre dans des positions “non-combattantes”, alors Doss est parti avec sa compagnie dans le Pacifique en tant que médecin». 
Son engagement philosophique va pourtant être mis à mal lorsqu’il atterrit en 1945 au Hacksaw Bridge, à Okinawa, où des milliers de soldats japonais attendent les Américains en haut d’une falaise. «C’était plein de caves et de trous dans lesquels les Japonais se cachaient, a expliqué à la radio Mel Gibson. Les Japonais parlaient de “pluie d’acier” parce qu’il y avait tellement de métal qui volait autour d’eux.» «Sous un barrage de coups de feu et d’explosions, ajoute NPR, Doss a rampé sur le sol, passant d’un soldat blessé à un autre. Il a trainé un grand nombre d’hommes blessés au bord du pont, les a attaché à une corde et les a envoyé à d’autres médecins en contrebas.» 
En douze heures de combat, Doss a sauvé 75 hommes, dont son capitaine Jack Glove, ces hommes qui l’ont moqué et humilié pendant longtemps. Evidemment, le nouveau héros pacifiste a reçu la prestigieuse Médaille d’Honneur des mains du président Truman en 1946. Il est le premier objecteur de conscience à recevoir cet honneur. 



lundi 14 novembre 2016

LA PROPAGANDE BOULANGISTE !

         LA PROPAGANDE BOULANGISTE          



CONTEXTE HISTORIQUE
Le plébiscite populaire du général Boulanger 

La menace qu’a fait peser le général Boulanger sur la république a été brève. Tout commence quand, fait rare, ce militaire qui ose afficher des convictions républicaines est nommé ministre de la Guerre en janvier 1886, sur la recommandation de Clemenceau. 

Lors de la revue du 14 juillet 1886 à Longchamp, Boulanger, qui a amélioré l’ordinaire et l’organisation de l’armée, déclenche l’enthousiasme de la foule. Au printemps 1887, l’affaire Schnaebelé oppose la France à Bismarck. Resté ferme dans un contexte de tension avec l’Allemagne, Boulanger profite du feu nationaliste attisé par Déroulède ou Barrès. 

Inquiets de cette nouvelle menace sur le fragile équilibre républicain, les « opportunistes », Ferry en tête, décident d’écarter Boulanger… Rochefort n’hésite pas à appeler à la révolte autour du « général Revanche » dans L’Intransigeant. La scène d’hystérie collective provoquée par le départ forcé de Boulanger pour Clermont, le 8 juillet 1887, oblige Clemenceau à prendre ses distances : « La popularité du général Boulanger est venue trop tôt à quelqu’un qui aimait trop le bruit. » 

C’est alors que, poussé par Georges Thiébaud, Boulanger se présente en avril 1888 à une élection partielle en Dordogne, puis démissionne et entame un « steeple-chase électoral » (Barrès) à travers la France, qui le conduit au triomphe à Paris, le 27 janvier 1889. Refusant de marcher sur l’Élysée, menacé par la justice, Boulanger fuit à Bruxelles le 1er avril 1889. Il se suicide deux ans plus tard.
ANALYSE DES IMAGES
Voies et voix de la popularité de Boulanger 

Jean Eugène Buland (1852-1926) a vraisemblablement peint son tableau juste après le dénouement de la crise boulangiste. Cette scène de genre traitée dans un style hyperréaliste, quasi photographique, met aux prises un colporteur d’imprimés et une famille paysanne, comme en témoignent les sabots du chef de la maisonnée, au premier plan. 

L’étranger, debout et ventru, la main tendue, s’impose aux six autres personnages, les mains croisées ou les poings fermés. De la caisse du colporteur ont jailli trois portraits du général Boulanger : en buste, en plan américain et à cheval. 

Les tons sombres des costumes font ressortir les couleurs bien plus claires de l’aîné (vieillard) et de la benjamine (petite fille). Le portrait de Boulanger qu’il tient dans sa main gauche regarde ces deux personnages. Ce tableau dans le tableau met en abyme le rôle de l’image dans la soudaine popularité de Boulanger. 

Les « nouvelles chansons boulangistes » composées par Gaston Villemer alimentent également la popularité du général Boulanger. Les trois quarts supérieurs de la lithographie sont dominés par un titre très lisible, qui souligne la récurrence de la parution de chansons en l’honneur de Boulanger. L’image centrale mêle un événement réel – le discours du ministre de la Guerre à la Chambre – et une image allégorique : Marianne, qui ramène deux jeunes filles, dans lesquelles on reconnaît l’Alsace (à gauche) et la Lorraine (à droite). Les seules couleurs employées sont celles de la République ; Boulanger est en civil et sans décorations, façon de « général Revanche » démocrate. Toutefois, il surplombe nettement depuis la tribune une vingtaine de députés. Seize d’entre eux sont identifiés par les bustes croqués, dont Clemenceau et Ferry : on peut imaginer que c’est à eux que s’adresse le discours. Aux Français, Villemer adresse la chanson sur l’Alsace-Lorraine qui occupe le bas de la feuille.
INTERPRÉTATION
La naissance de l’opinion publique dans la France du suffrage universel et de la liberté de la presse 

Si la scène peinte par Buland est une scène de propagande, ni parole ni écrit n’y sont mis en avant. L’artiste soumet trois générations d’hommes et de femmes à la diffusion de l’image de Boulanger, avec un souci exemplaire du détail. Ainsi, à la cocarde tricolore du colporteur répondent le foulard rouge de l’homme d’âge mûr et le ruban bleu roi de la petite fille : Boulanger, homme providentiel presque malgré lui, a fédéré sur sa personne et surtout sur son nom et son image des tendances politiques opposées, qui se rejoignaient dans une critique de l’« opportunisme » des républicains modérés, comme Ferry. Cela dit, seuls deux des personnages sont en mesure de voter : quelle peut être l’influence du reste de la famille, en particulier celle des femmes, sur ces participants à la démocratie ? 

En 1881, par la loi du 29 juillet, furent instaurées des règles de presse et de réunion qui sont toujours en vigueur aujourd’hui. La multiplication des titres de presse et des imprimés en tout genre participe de la constitution d’une opinion publique naissante. Il est difficile de savoir si la chanson de Villemer, plutôt complexe, a vraiment été chantée au cours des manifestations de soutien à Boulanger. Mais nombre d’autres refrains et slogans sont restés et attestent de l’influence de ce mode de diffusion populaire. La mise en image, en mots et en musique de la popularité de Boulanger est de ce point de vue exemplaire. Elle préfigure le déluge d’informations et de « propagandes » qui se déchaînera lors de l’affaire Dreyfus, quelques années plus tard.


LES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS DANS LA GRANDE GUERRE !

LES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS DANS LA 


GRANDE GUERRE




CONTEXTE HISTORIQUE
Les troupes coloniales au secours de la métropole 

La France a pris pied au Sénégal sous l’impulsion de Colbert, sous le règne de Louis XIV. À partir du comptoir initial, Faidherbe entreprend entre 1854 et 1865 de conquérir l’intérieur du continent et crée le port de Dakar, qui devient capitale de l’Afrique-Occidentale française en 1902. Traditionnellement, l’armée coloniale opère un recrutement local de supplétifs qui maintiennent l’ordre parmi la population indigène, offrant ainsi une étroite voie d’intégration et d’identification patriotique. À la suite de la défaite de 1870 face à la Prusse, et devant l’inquiétante dénatalité française, le colonel Mangin avait théorisé dès 1910 l’emploi décisif de la « force noire ». À cela s’ajoute en 1914 la nécessité de remplacer les masses de soldats tués dans les premiers mois du conflit. La France a ainsi engagé sur le front environ 134 000 combattants d’Afrique noire – des tirailleurs sénégalais, corps créé en 1857 pour engager les Africains subsahariens dans l’armée d’Afrique. Ces unités sont reconnaissables entre autres à la chéchia rouge, empruntée aux tirailleurs algériens.
ANALYSE DES IMAGES
Du festin à la popote 

En 1914, Paul Dufresne, illustrateur prolifique de temps de guerre, dessine une série de cartes postales en couleurs mettant en images des dictons populaires dans un contexte décalé, celui du front. Au centre de la composition, un Sénégalais portant l’uniforme d’apparat bleu, or et rouge. Sa pose rappelle la publicité pour le chocolat en poudre Banania dont cette carte est la contemporaine : la cuillère en l’air, la main qui se frotte la panse et les dents blanches de contentement. Le bivouac improvisé au milieu des combats mêle le festin (champagne) et le rata (gamelle). Il est né de la guerre, avec ses ruines, son mort (allemand), ses explosions aux couleurs de l’artifice, ses flammes et ses fumées, la poursuite du Prussien casqué à coups de baïonnettes qui le repoussent loin à droite (à l’est). 

Fernand Cuville (1887-1927), musicien de formation, engagé à la Section photographique (créée en 1915), couvre pendant deux ans l’ensemble des fronts en France, puis dans les Balkans en 1918. À travers une scène de groupe, il offre un aspect méconnu du conflit : l’utilisation fréquente de main-d’œuvre issue des colonies à l’arrière-front. Les trois Sénégalais posent devant le mess réservé aux officiers, comme l’indique l’inscription sur le mur décati. Ils portent le calot, les jambières et l’uniforme, dissimulé par les tabliers propres à leur fonction réelle. À gauche, le plus jeune écope des tâches salissantes : son tablier est trempé par l’eau puisée avec les seaux de toile goudronnée. L’air assuré du personnage central laisse supposer qu’il s’agit du chef cuistot. À droite, le soldat sans tablier a légèrement bougé pendant la pose ; il est probablement chargé de transporter le bois dans la brouette rustique à côté de lui. Les murs effondrés et l’absence de vitrage soulignent l’inconfort généralisé du campement provisoire.
INTERPRÉTATION
Actions imaginaires et emploi réel 

Les deux images diffèrent par leur nature mais se rejoignent dans l’objectif de populariser la guerre en cours et d’en donner une représentation conforme aux nécessités de la propagande. Elles révèlent toutefois tout autre chose que ce qu’elles veulent bien montrer. Ainsi, la carte postale de Dufresne pratique un double jeu périlleux entre cliché rassurant du « bon nègre » et imaginaire frissonnant des nettoyeurs de tranchées. Si le personnage central sourit, ses dents forment un rictus inquiétant et ses lèvres sont d’un rouge très sanguin. L’exagération des proportions, typique de ce genre de dessin, rend quasi monstrueuses mains et tête. Surtout, la mort et la violence de guerre sont à la fois cachées et suggérées. Au second plan, on devine un cadavre plus qu’on ne le voit, sans doute un soldat écrasé par des poutres plutôt que tué au combat. Mais au tout dernier plan, une scène de meurtre à la baïonnette est bien visible, assez confuse toutefois pour que la censure ne sévisse pas. L’intention première est de vendre des cartes postales grâce aux attraits combinés de l’exotisme, de la sagesse populaire, de l’humour militaire et du sensationnalisme. Plus largement, on fait l’apologie de l’usage déchaîné de la « force noire » dans les zones d’ombre du conflit. 


Travaillant également en couleurs mais avec une approche censément documentaire, Cuville utilise pour ses clichés le procédé autochrome breveté par les frères Lumière en 1903 et commercialisé en 1907. Cette technique aux résultats convaincants nécessite une forte lumière (c’est l’été) et un certain temps de pose, ce qui explique l’abondance de vues de bâtiments (en ruines), de paysages (avec des barbelés) et des portraits. Cuville a immortalisé à plusieurs reprises des travailleurs sénégalais et algériens, seuls ou en groupe, dans la Somme et dans l’Aisne. Ces images devaient présenter une guerre acceptable parce qu’humaine, sereine dans le quotidien du combat. Cette mise en scène, maladroite étant donné la masse d’informations sur les violences de guerre, dédouanait les Sénégalais de leur réputation de sauvagerie. Au-delà, ce cliché met en évidence le fossé entre soldats du rang et officiers, entre Blancs de métropole et Noirs des colonies.



dimanche 13 novembre 2016

Talleyrand, le diable diplomate (1754 - 1838) !

Talleyrand, le diable diplomate (1754 - 1838) 

Un évêque au service de la Révolution




Homme d’esprit, amoureux des plaisirs et du beau sexe, le prince Charles Maurice de Talleyrand-Périgord incarne l'art de vivre aristocratique au siècle des Lumières.
Personnage cynique et corrompu, doué d'une intelligence supérieure, c’est aussi le meilleur diplomate qu'a jamais eu la France !
Il a trahi tous les régimes qu'il a servis, mais jamais les intérêts supérieurs de l'État.
Évêque agnostique, il soutient la Révolution sans état d'âme, installe Bonaparte au pouvoir, complote contre l’Empereur qui refuse d'écouter ses conseils de modération, et vouera le reste de sa vie à replacer la France au cœur de l'échiquier européen.
Signes particuliers : un pied-bot, d’où son surnom de « diable boiteux », et une mauvaise réputation, à tort et à raison.

Un libertin éclairé

Premier-né de la grande famille aristocratique des Talleyrand-Périgord, Charles-Maurice grandit dans la société raffinée de l'Ancien Régime. « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 n’a pas connu le plaisir de vivre », confiera sur le tard Talleyrand à François Guizot.
Empêché d'entrer dans la carrière militaire à cause d'une malformation du pied, il est réorienté vers l'Église bien que n'ayant pas de vocation religieuse.
Charles Maurice entre à 16 ans à Saint-Sulpice. Le plus souple et le plus mondain des séminaires de l'époque lui apprend « le bon ton, les bonnes manières et le bon maintien » ; ce savoir-vivre lui restera toujours. 
Il se distrait dans la bibliothèque en lisant avec avidité VoltaireMontesquieuDiderotet d’Alembert. Il se console aussi avec les femmes et goûte les plaisirs raffinés des salons.
Ordonné prêtre à 24 ans,  l'« abbé de Périgord », comme on l'appelle alors, devient agent général du clergé de France. Il s’initie aux mécanismes de la finance et découvre l’importance des biens de l’Église. En 1788, à 34 ans, le voilà enfin nommé évêque d’Autun par le roi.
La Fête de la Fédération au Champ de Mars, 14 juillet 1790, gravure de Isidore Stanislas Helman, BnF, Paris.

Un sens politique aigu

Le ciel s'assombrit. Confronté au déficit abyssal des finances publiques, le roi se résout à convoquer les états généraux afin de voter de nouveaux impôts. Talleyrand, élu député du clergé d’Autun, entre en politique. Le 26 juin 1789, avec la majorité du clergé, il rallie le tiers état. 
Sous l'Assemblée nationale constituante (1789-1791), il fait partie du camp majoritaire des royalistes constitutionnels, comme son ami Mirabeau sitôt promu grand homme du moment.
Talleyrand n’est pas aussi bon orateur que son ami mais il a l’art de la formule. « Les droits des hommes étaient méconnus, insultés depuis des siècles ; ils ont été rétablis pour l’humanité entière, » déclare-t-il dans une Adresse solennelle aux Français, lue le 11 février 1790 à la tribune, à l'occasion de son accession à la présidence de l'Assemblée.
Fort de son excellente connaissance des biens de l'Église, du fait de ses fonctions antérieures, l'évêque d'Autun suggère à l'Assemblée de les nationaliser. C'est chose faite le 10 octobre 1789. Mais quid du clergé et de ses institutions sociales ? Mirabeau suggère que l'État lui-même les prenne en charge. 12 juillet 1790, il obtient le vote de la « Constitution civile du clergé ».
14 juillet 1790 : on retrouve Talleyrand en vedette à la Fête de la Fédération dont il a eu l’idée. Elle marque le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Il célèbre la messe en tant qu’évêque d’Autun. 
Mais l'entente nationale va se briser sur la question religieuse. Le pape refuse d'agréer les évêques élus par le peuple. En représailles, la Constituante exige des membres du clergé un serment de fidélité « à la nation, à la loi, au roi », dans les huit jours et sous peine de prison.
La moitié des curés s’y refusent, de même que tous les évêques, sauf quatre. Parmi ces quatre-là figurent Loménie de Brienne qui n’est toujours pas croyant en Dieu, et Talleyrand, qui ne l’est guère plus. La guerre religieuse va durer dix ans, jusqu’au Concordat, qui sera habilement négocié par... Talleyrand, ministre de Bonaparte.

Talleyrand rompt avec la Révolution

En janvier 1791, Talleyrand démissionne de sa charge d’évêque. Les événements se précipitent. La monarchie est renversée le 10 août 1792. Talleyrand, qui fait l'objet d'un décret d'accusation, part pour l'Angleterre puis de là aux États-Unis.
9-10 thermidor An II (27-28 juillet 1794) ! La chute de Robespierre le convainc de revenir au bercail. Le 16 juillet 1797, à l’occasion d’un remaniement, le voilà ministre des Relations extérieures. Il se montre avant tout soucieux de l'équilibre européen et hostile aux conquêtes.
Le nouveau ministre entre en correspondance avec Bonaparte, l’homme dont on parle, général en chef à 26 ans, qui s’est illustré dans la campagne d’Italie.

Talleyrand et Napoléon : une séduction réciproque

Première rencontre des deux hommes, 6 décembre 1797. Bonaparte ne pourra bientôt plus se passer de Talleyrand, lui demandant son avis sur tout et tous : incroyable addiction de la part de ce leader-né ! Talleyrand lance l’idée d’une campagne d’Égypte pour contrer l’Angleterre en lui barrant la route des Indes. Doublement habile, il flatte le rêve oriental de Bonaparte tout en le détournant d’un projet fou, attaquer l’ennemi par la Manche ! Pour le Directoire, c’est aussi un moyen d’éloigner le trop populaire général.
La campagne d’Égypte se révèle un piège, mais le général s’arrange pour revenir en vainqueur à Paris, avec un seul but : conquérir le pouvoir. Talleyrand a compris que ce personnage exceptionnel va marquer l’Histoire. Il va l’y aider, pressentant le bénéfice considérable qu’il peut en tirer.
Première mission de confiance : organiser le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799) qui met fin au régime du Directoire et préparer le Consulat avec une Constitution sur mesure, donnant tout pouvoir au Premier Consul.
22 novembre 1799, le voilà à nouveau ministre des Relations extérieures.

Pas d’État sans religion !

Sur un point, un seul, les deux hommes s’entendent miraculeusement : la politique religieuse. Dénués de sens moral en politique, ils croient dur comme fer à l’importance morale de la religion pour le peuple.
Madame Grand alias Catherine Noele Worlée, amante puis épouse de Talleyrand (1802), Elisabeth Vigée-Lebrun, 1783, Metropolitan Museum of Art, New York.Le Premier Consul contacte le nouveau pape, élu en mars 1800. Pie VII entend réunifier l’Église de France divisée en deux clergés. Talleyrand est là pour les rapprocher.
Parenthèse personnelle : relevé de l’excommunication et rendu à l’état laïc, Talleyrand peut épouser sa maîtresse, madame Grand.
Le Concordat est enfin signé (15 juillet 1801). Le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution.
De son côté, « le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français ».

Le duo devient duel

Les deux hommes ne tardent pas à se diviser sur le traité de paix d’Amiens (25 mars 1802), Bonaparte reprochant à l'Angleterre de n'en pas respecter les clauses. 
Talleyrand, lucide, voit venir le pire : « Cette paix n’avait pas encore reçu sa complète exécution, qu’il jetait déjà les semences de nouvelles guerres qui devaient, après avoir accablé l’Europe et la France, le conduire lui-même à sa ruine. »
Dans les mois qui suivent, les attentats royalistes se multiplent contre Bonaparte, au point que Paris est en état de siège : « L’air est plein de poignards ! » dit Fouché, ministre de la Police. Comme Talleyrand, il conseille de faire un exemple en arrêtant le « dernier Condé », même si le jeune duc n’est pas impliqué dans les complots.
Et Bonaparte décide de l’assassinat du duc d’Enghien. Cette exécution sommaire émeut la France, indigne l’Europe et toutes les têtes couronnées se ligueront contre l’empereur – là est « la faute ». Mais les royalistes se rallieront majoritairement à Napoléon. En cela, il a bien joué et Talleyrand l’a bien conseillé. Une action qui leur sera pourtant éternellement reprochée (...).


LES FEMMES DANS L’ARMÉE DE LIBÉRATION !

LES FEMMES DANS L’ARMÉE DE LIBÉRATION


CONTEXTE HISTORIQUE
Les « Merlinettes » 

Dans le cadre de l’organisation des troupes françaises libres, le général d’armée Giraud, commandant en chef des forces terrestres et aériennes en Afrique du Nord, et le colonel Merlin, commandant des transmissions en Afrique du Nord, créent le corps féminin des transmissions (C.F.T.) le 22 novembre 1942. 150 femmes sont engagées, pour pallier au déficit de personnel masculin. Formées aux spécialités de radio, de téléphoniste, de télétypiste, et de radio/secrétaire d’analyse, ces premières femmes « soldats » de l’armée de terre, sont vite appelées les « Merlinettes » en référence au colonel Merlin. 

En 1944, le nombre de ces combattantes atteint environ 2400 (2000 pour l’Armée de Terre, 400 pour l’Armée de l’Air), dont la majorité participe à la campagne d’Italie avec les forces françaises du général Juin. Après la reprise de Naples, de Rome, de Monte Cassino et de Sienne, elles sont également présentes lors du débarquement à Tarente le 9 août 1944, prélude au celui effectué en Provence, qui débute le 15 août 1944. Plusieurs « Merlinettes » sont ainsi présentes lors de l’arrivée des troupes à Saint-Tropez le 16 août, comme le montre le cliché Personnel féminin de l’Armée de Terre pris le jour même, et ici étudié. 

Prise par les services de l’Armée Alliée, cette photographie remplit avant tout une mission d’archivage documentaire, et elle n’est pas spécialement destinée à la diffusion auprès du public civil. Elle n’en possède pas moins une forte valeur symbolique, susceptible de marquer les consciences et les représentations.
ANALYSE DES IMAGES
Des femmes soldats 

Personnel féminin de l’Armée de Terre semble avoir été prise par et pour des services anglophones de l’Armée de Libération. En effet, un texte imprimé en bas de l’image légende celle-ci en anglais, précisant la date et le nature de la scène : french WACS [pour Wire and Cable Service, c’est-à-dire les transmissions] assembling on the beach after landing at Saint-Tropez : « femmes du corps des transmission se regroupant sur la plage après le débarquement à Saint-Tropez ». Une indication manuscrite désigne aussi par son nom l’une de ces soldats. 

La photographie représente un groupe d’une vingtaine de « Merlinettes » sur la plage de sable. Si l’on aperçoit d’autres soldats au second plan, le cliché est nettement centré sur les combattantes, dont le groupe assez compact occupe presque tout l’espace. Vêtues d’uniformes, casquées, disposant d’un équipement conséquent mais sans armes, les femmes sont tout juste réunies au complet. Elles semblent attendre de nouveaux ordres. Les visages sont à la fois fatigués, déterminés et concentrés, même si une ou deux d’entre elles prennent le temps de fixer le photographe.
INTERPRÉTATION
Une guerre au nouveau(x) visage(s) 

Si la représentation ici proposée n’est pas à proprement parler nouvelle, puisque d’autres femmes de l’armée ont déjà participé aux opérations, ce document est tout de même assez moderne. A la « nouveauté » incarnée par l’avancée des troupes alliées sur des terres jusque là occupée par les nazis (nouveaux uniformes, nouveaux équipements par rapport à ceux des allemands, et évolution des positions respectives), la scène ajoute évidemment l’image de corps et de visages différents de ceux, masculins, traditionnellement associés aux combats. 

En dépit de son caractère relativement inédit et inhabituel, Personnel féminin de l’Armée de Terre montre bien des soldats « normaux », participant à part entière au débarquement. Elément comme un autre du déploiement (elles se regroupent et attendent de se mettre en mouvement dans le cadre d’une organisation d’ensemble), l’unité des « Merlinettes » ne semble pas devoir être ici traitée de manière spécifique. Si ces dernières ne possèdent pas d’armes, cela n’est pas dû au fait qu’elles soient des femmes, mais par ce qu’elles appartiennent au corps des transmissions. Et comme les autres soldats, elles sont fixées sur leur mission et sur la suite des manœuvres. 

Répondant à des impératifs militaires, le rassemblement effectué suggère néanmoins un groupe, un esprit de corps et une solidarité entre ces femmes qui ont choisi de lutter aux côtés des hommes.